Histoire d'une réincarnation "D'une rive à l'autre"

D'une rive à l'autre Histoire d'une réincarnation américano-française Livre COMPLET ( 65 pages ) consultable format ebook sur ce site et aussi via un lien et un mot de passe envoyé conjointement en PD

Il y avait un air de déjà vu lorsque je franchis le seuil de cette auberge patinée par le temps. Que venais-je faire ici, dans ce lieu, je n’y avais aucune attache particulière si ce n’est le goût pour les vieilles bâtisses.

L’envie de me perdre avait pris le pas sur la raison et je me rappelais qu’ici, j’avais aimé et j’avais pansé mes blessures.

Que dire sinon qu’il me serait maintenant impossible de revenir en arrière.

Ne savez-vous pas que les écrivains trouvent leur inspiration dans leurs souvenirs de vies antérieures, nombre d’entre eux ne le soupçonnent aucunement.

Ils ont cette chance insigne d’y pouvoir puiser des images, des impressions, des odeurs qui les ont marqués à jamais.

Marcher dans ses propres pas, comment est-ce possible !

L’esprit ne nait-il pas de l’esprit et la chair de la chair. L’âme est comme le vent. On ne sait d’où il vient ni où il va.

Je suis née de nouveau et cela au bord de l’océan atlantique quand je suis morte à Santa Barbara au bord d’un autre océan, côté pacifique.

Du plus loin que je me souvienne et j’étais fort jeune, l’idée que je n’étais pas d’ici, de ce lieu où je me trouvais échouée, ne m’a plus quittée.

J’ai tout fait pour ne pas oublier ce souvenir évanescent d’un ailleurs, fait d’une lumière filtrée par les persiennes, d’une chaleur lourde, d’un port embrasé de soleil

Mais où était-ce, en Afrique ? J’ai longtemps cru qu’il s’agissait de l’Algérie où mon père avait séjourné pendant l’occupation allemande de la France, après que son frère ait été fusillé et que son père, mon grand-père, en ait fait une attaque mortelle.

De toute évidence, je me fourvoyais.

Il ne s’agit pas tant de décrire l’indescriptible que de comprendre ce qui m’arrive à moi, pauvre ciron, fétu de paille emporté par le vent. Ce vent qui vous entraine où il veut et dont nous ignorons les mécanismes.

Bizarrement, j’oublie les faits au fur et à mesure qu’ils s’éloignent dans le temps. Je n’ai pas la mémoire des noms, des prénoms. Des points importants de mon existence sont relégués dans les basses-fosses et j’en parle d’autant mieux qu’étant au soir de ma vie, je peux dire que ce fut une constante.1

Il me reste des impressions, des parfums. J’ai des flashs qui m’ont sauvée la mise dans certaines situations critiques. J’ai évité un accident de bus où une camarade de lycée a trouvé la mort. De fait, je suis passée entre les gouttes et n’eut aucun post traumatisme.

Je pense maintenant que j’ai été préservée pour supporter le reste : L’hôpital, la mort que j’ai contrée, ma défaillance neuropsychologique2, une maladie omniprésente qui m’a fait vivre durant de longues années une manière d’enfer sur Terre, des agressions nombreuses d’ennemis cachés et des tentatives d’homicides sur ma personne.

Il fallait que je ne sois pas trop secouée dans mon approche pour accomplir cette tâche de soignant et solidement protégée pour assumer maladie et souffrance.

Aucun des mes patients n’est mort en ma présence et j’ai eu beaucoup de patients tant dans les hôpitaux qu’à domicile.

Seul un chat a daigné mourir entre mes bras.

Les soignants ont un don pour cela qui relève d’acquis d’une vie antérieure. Je devine les disfonctionnements d’un corps, si la personne sur laquelle je suis branchée va vivre encore longtemps ou non.

Fanny, mon alter ego, guérissait les samoans. Ils la prenaient pour une diablesse. Il nous est donné de guérir là où nous avons fait souffrir avec cette faculté qui fait que les plaies cicatrisent rapidement quand d’autres intervenants ne font qu’aggraver les choses. C’est là une option.

Un jour viendra où cet état de chose sera admis comme naturel : Le fait d’aller d’existence en existence, le fait de muer comme on change d’habit.

Cette nécessité de changer de plan pour redémarrer, en apparence, reprendre ce processus d’apparition au monde du début, tout en gardant profondément enfoui un bagage dont le plus grand nombre ignore les codes.

Bref, j’ai le sentiment d’oublier ce qui est sans importance pour ne retenir que l’essentiel et c’est bien ainsi. Pour autant, j’en garde des marques invisibles mais sensibles et c’est cela que j’emporte chaque fois avec moi. Ce bagage fait de souvenirs improbables mais dont je garde l’empreinte en mon for intérieur.

Quel beau cadeau m’a fait la vie en me donnant, au soir de celle-ci, la quasi assurance d’une vie meilleure au regard des bonnes actions passées, acceptant de me rédimer pour les mauvaises.

Questions existentielles à l’aube de ma vie

Lorsque j’étais enfant, mon regard se portait au-dessus des maisons du quartier et s’envolait par l’esprit vers l’ouest. Et cela sans connaitre la géographie. J’étais trop jeune. A l’époque donc, je me tournais vers le couchant d’où je venais dans mes certitudes enfantines. Je n’en parlais pas autour de moi puisque ce n’était pas un sujet sur lequel disserter et avec qui. J’aurais reçu peu d’écho.

Ce monde se limitait à peu de choses : Le quartier, la mer, Saint-Nazaire, La Baule, Le Pouliguen… dont je ne connaissais pas encore les noms, seuls importaient l’horizon azuré où se perdait le soleil.

Je me disais : Qu’est-ce que je fais ici ? Question existentielle au commencement de ce qui allait être cette vie présente.

Dans ma prime enfance, je n’avais pas de visions ou alors je ne m’en souviens pas. Je ne pense pas en avoir eu.

Reste que vers l’âge de douze ans, une petite sœur nous est mort-née. C’était au mois de décembre et j’allais au collège. Du lundi au vendredi, je partais dans l’obscurité des matins d’hiver. Journées courtes et nuits longues. Peu d’éclairage, si ce n’est la lune et encore fallait-il que le ciel ne soit pas couvert, ce qui était rarement le cas. Il faisait souvent sombre et ce n’était guère agréable. Je comprends l’ambiance des livres de Charlotte et Emilie Brontë. C’était ce genre d’atmosphère. Ajouter à cela la perte d’un bébé et voilà la tristesse qui s’abat sur une famille. On souffre pour ses proches. Personne à l’enterrement. Un père seul derrière son enfant, emporté à peine né et rejeté dans un trou et dans le froid.

Donc, je passe le portillon du jardin accompagné de mon vélo et vais chercher mon amie Elizabeth, probablement déjà partie elle aussi à vélo.

C’est ainsi que je viens à repasser devant le jardin et ce fameux portillon, à quelques mètres de distance, sur mon chemin.

Qu’elle ne fut pas ma surprise de voir s’y découper une forme blanche dont j’évaluerai la hauteur à un mètre vingt ou un mètre trente, de la grandeur d’un enfant. Et ne me demandez pas si elle avait des pieds, les fantômes n’en ont pas.

Ni une ni deux, je prends mes jambes à mon cou ou plutôt je pédale à perdre haleine.

Le ton était donné. Et ma mère de me dire sempiternellement que je n’étais pas comme eux.

Je tirais aussi les cartes pour m’amuser avec mon autre amie, Michelle, et lui annonce lors de cette unique et ultime consultation que sa sœur, catholique pratiquante de seulement quatorze ans va avoir un enfant et que son père souffrirait d’un problème cardiaque.

Ces deux prédictions, appelons un chat un chat, se produiront à peu de temps de là… Je n’ai plus touché les cartes durant des années.

Je retrouvais ce goût pour les cartes chez Fanny Vandegrift, mon double. A Vailima, elle est confrontée aux esprits du lieu aidée en cela par les samoans qui les craignent au plus haut point et en profitaient peut-être pour se dispenser de certaines tâches sous le prétexte que les esprits rôdaient alentours.

Donc, première expérience de l’invisible avec cette apparition ? Je n’ai pu vérifier si c’était une de mes sœurs aventurée dans la nuit en chemise de nuit et en plein froid. Somnambulisme ?

D’autres manifestations jalonneront ma vie en devenir et ne seront pas de la même teneur. J’y reviendrais.

Anecdotes (suite)

L’anecdote comble mon amnésie sélective. Telle celle-ci.

J’avais moins de dix ans et hormis le Oulaoup en vogue dans les années soixante auquel je m’adonnais à la perfection, il me vint l’idée saugrenue de me vêtir d’un large jupon en nylon bleu et de tourner sur moi-même, telle une toupie, dodelinant de la tête avec la rotation et les bras étendus à l’horizontale en guise de balancier.

J’ai attendu l’âge approximatif de quarante-cinq ans pour découvrir des similitudes frappantes avec la « danse » des soufies. De surcroît, ils pratiquaient l’astrologie. Cette pratique était en analogie avec le mouvement des astres dans leur pérégrination éternelle. C’est ainsi que je faisais le soufi sans le savoir.

A noter qu’il existait à côté de chez nous un foyer de jeunes travailleurs hébergeant des turcs. Depuis assez longtemps, la Turquie est un pôle rayonnant du soufisme. Je n’avais bien entendu dans mon jeune âge aucun contact avec eux.

L’astrologie

L’astrologie m’attirait comme un aimant mais pas de livre, encore moins de professeur et je n’avais pas dix ans.

Il me restait ces belles représentations graphiques des signes astrologiques que je pouvais à de rares occasions contempler dans des revues et parfois découper aux ciseaux. Les livres n’avaient pas leur place dans nos familles et ne parlons pas de la musique dite classique, Chopin, quelle horreur ! Comment pouvait-on écouter cette bouillie pianistique !

C’est dire le peu d’accès à la culture en vigueur dans la plupart des ménages ouvriers de l’époque

Dans mon quartier, hormis mes deux amies Elizabeth et Michelle, il y avait pas mal de garçons et je fonctionnais comme eux. Pour grimper dans les peupliers et accéder aux premières branches, il fallait se faire la courte échelle, exercice périlleux pour nos petites jambes. J’avais de ce fait les genoux en bouillie avec des croûtes permanentes sous lesquelles prospérait du pus. Quel plaisir d’enlever ces croûtes avec les ongles.

Bref, je me suis souvent retrouvée en mauvaise posture à jouer avec les garçons. Ils vous concoctaient toujours des jeux qui vous mettent en péril tel celui consistant à se défoncer le palais avec une longue paille ou encore le crâne à coup de caillou, et pas des petits.

Nous y voilà.

Fanny Vandegrift, mon alter ego

Fanny quant à elle est une indépendante3 avec cet Uranus valorisé, une originale, un être qui dérange, qui bouscule l’ordre établi. La vie l’a durement frappée : Perte d’un enfant à la fleur de l’âge. Son thème de naissance est barré par un complexe de sevrage. C’est l’annonce d’une souffrance, de cette obligation d’ouvrir les bras, de laisser échapper l’enfant qu’on veut lui arracher. Et chez elle, c’est son petit dernier.

La maladie maniaco-dépressive

Fanny souffrait d’une maladie que son entourage et son médecin aux Samoas ont eu du mal à identifier. Elle restait prostrée des journées entières, les yeux rivés au mur de sa chambrée. Alors que le reste du temps, elle œuvrait sans relâche, prenant à peine de temps pour elle. C’était un bourreau de travail. On l’a taxée de schizophrène, ce qui est certainement faux.

Aujourd’hui, nous pouvons diagnostiquer un problème bipolaire autrement appelé cyclothymie ou encore maladie maniaco-dépressive qui fait se succéder à des intervalles plus ou moins espacés, des accès d’activité frénétique avec des effondrements à type de dépression.

Je souffre du même mal. Le diagnostic est difficile à poser. C’est l’astrologie 4qui m’a ouvert les yeux sur cette défaillance et nous sommes en face d’une psychose, donc pas de prise de conscience possible, logiquement, comme ce le serait pour une névrose.

Robert Louis Stevenson, au soir de sa vie, dira de Fanny qu’elle était «  Une force de la nature, une énergie d’enfer qui alterne avec des semaines et des semaines d’hibernation complète. Elle soigne tout le monde. Elle te soignera toi comme tout le monde. Elle est impossible à soigner ».

Parallèles

Vous l’avez compris. Je mets en parallèle cette vie présente avec celle de Fanny Vandegrift, l’épouse de Louis Stevenson, Madame Fanny Stevenson.

1 Page 49 « Taire ce qui la gêne est assez dans sa manière » en parlant de Fanny – Fanny Stevenson d’Alexandra Lapierre

2 Page 189 du livre de référence d’Alexandra Lapierre

3 Le signe du Bélier dont je suis l’un des représentants solaire est aussi mis en relief dans le ciel de naissance de Fanny. On trouve dans son ciel, Mercure avec Mars, la planète de l’intellect et du mouvement conjointe à la planète de l’action et étroitement liés dans le premier décan de ce signe printanier, là où brille mon soleil natal. En queue de signe et toujours chez Fanny, on trouve Pluton au Bélier. Donc, Fanny possède deux planètes rapides et une lente au Bélier, ceci pour mettre en parallèle son thème de naissance avec le mien et sa vie avec la mienne.

En tant que native des Poissons, elle a le soleil dans ce signe ainsi qu’Uranus positionné sur mon propre Mercure, mon Hermès Trismégiste placé en secteur VIII.

Fanny VandeGrift est née le 10 mars 1840 à Indianapolis dans Indiana, ville du célèbre circuit automobile et qui a vu naitre Steve McQueen, mon acteur fétiche, entre autres acteurs.

C’est cet œuf qu’à présent je couve et qui va éclore au terme de cette existence.

Ma naissance est survenue avec une quinzaine de jours de retard, prévue pour venir au monde sous le signe des Poissons. Mais de Poissons, je suis née Bélier.

Sa Lune enfantine aux Gémeaux, tout comme la mienne, est sous l’opposition du froid Saturne, faucheur de vies. Disparue cette liaison problématique dans mon thème natal, à croire que c’était une dette de sang. Celle de cet enfant et celle de cette mère. Seul subsiste une tension entre Uranus et la Lune. Le carré de Fanny s’est mué en semi-carré, moins coriace, mais affectant encore le système nerveux ( Lune aux Gémeaux et Uranus, planète de tension en Maison XII, les épreuves, les maladies).

4 Outre cette Lune aux Gémeaux, Fanny dispose aussi d’une conjonction de deux astres humides, Vénus et Neptune au Verseau qu’on retrouve valorisé dans mon thème entre le signe de la Balance et celui du Verseau. Cela signe l’amour des autres, la liberté d’aimer, l’ouverture à tous les possibles sans à priori.

Personnellement, je me suis épanoui dans le soin donné aux êtres affaiblis par la maladie. D’eux, j’acceptais les mauvaises réactions quand je les refusais aux autres, les bien-portants.

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Date de dernière mise à jour : dimanche 26 juin 2022

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